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- Immigration
et citoyenneté en Europe : une enquête
par Ilvo Diamanti
Une enquête conduite dans les cinq plus grands pays
d'Europe sur les attitudes envers l'immigration en relation avec la perception
de l'Union européenne montre que les attitudes hostiles sont largement répandues,
quoique minoritaires, et qu'elles ne sont pas liées à des facteurs objectifs
(l'opinion que les immigrés sont une menace pour l'emploi n'est pas corrélée
au taux de chômage) ; que le facteur qui a le plus d'influence sur l'opinion
est l'appartenance nationale (l'hostilité à la double nationalité est plus
liée au fait d'être allemand qu'à l'âge ou au niveau socio-économique) ; que
la construction européenne elle-même n'est guère perçue comme un cadre pour
résoudre les problèmes, mais plutôt comme une source d'inquiétude supplémentaire
(forte hostilité aux immigrés en provenance de pays actuellement candidats à l'adhésion).
Pourtant, il est irréaliste de prétendre résoudre ces questions dans un seul
pays. La solution ne peut résider que dans une intégration européenne plus
audacieuse, moins équivoque.
- Où
est lintérêt national des États-Unis ?
Approche réaliste et conflits périphériques
par Denis Lacorne
A l'approche
des élections présidentielles américaines, les candidats élaborent leur programme
de politique étrangère, qui implique aussi une analyse du bilan du Président
sortant. Après la guerre froide, il n'est plus si aisé de définir l'intérêt
national, comme l'ont montré les hésitations de Bush-père ainsi que l'évolution
de la politique clintonienne, les débats au Congrès et les débats d'experts
qu'elle a occasionnés. Si le programme du candidat Bush est d'un réalisme assez
classique (hiérarchisant notamment les problèmes selon une échelle où les droits
de l'homme occupent une place relativement modeste), on peut se demander si,
après la guerre froide, accorder, comme jadis, la priorité aux risques de grands
affrontements est vraiment plus réaliste qu'une approche plus fine, qui reconnaîtrait
que les plus grands dangers gisent peut-être dans des foyers de crises apparemment "périphériques".
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Diversité
du capitalisme mondialisé
sous la responsabilité de Vivien
A. Schmidt
- Italie
et Royaume-Uni : les surprises dune comparaison
par Colin Crouch
L'Italie et le Royaume-Uni sont assez semblables
par leur population et leur PNB, mais leurs évolutions économiques, et en particulier
la façon dont ils ont intégré la mondialisation, sont très différentes : à cause
de leur héritage économique de la période antérieure, d'abord (prédominance
de la finance au Royaume-Uni ; retard de l'industrialisation en Italie...)
; de leur histoire politique particulière ensuite (compromis keynésien après
la guerre, puis défaite durable de la gauche et des syndicats au Royaume-Uni
; dévalorisation de l'État au profit du local, réintégration de la gauche
dans le système politique après une longue exclusion, en Italie). Aujourd'hui,
le succès du schéma italien de petites entreprises fonctionnant en réseaux
personnalisés, d'une part, les relations finalement pas si impersonnelles
qui lient la City au pouvoir politique, en Grande-Bretagne, remettent en
cause certains principes fondamentaux des théories néo-classique et néo-libérale.
- La
compétitivité et légalitarisme allemands
et japonais à lépreuve
par Gregory Jackson
L'Allemagne et le Japon ont en commun un marché étroitement
inscrit dans le social et un type d'économie coordonnée. Comment leurs économies
se sont-elles insérées dans la globalisation ? Les modèles allemand et japonais
n'ont ni convergé vers un modèle anglo-américain ni conservé leurs forces
passées. Ils ont plutôt procédé à une hybridation : des éléments de libéralisme
ont été sélectivement introduits dans des contextes non libéraux. Vue sous
cet angle, la libéralisation œuvre contre les avantages passés de la coopération
entre insiders et contre les compromis de répartition que celle-ci
implique. Le capitalisme non libéral n'est pas simplement placé devant le
choix "égalité ou efficacité". Son rapprochement trop rapide du modèle libéral
nuirait non seulement à l'égalité mais pourrait, à long terme, saper les
bases de sa compétitivité.
- Taiwan
et la Corée, ou la mondialisation encadrée
par Linda Weiss
Dès avant la crise asiatique, la Corée et Taiwan avaient
commencé à réviser leurs modèles économiques d' "Etat développeur" (developmental
state). La Corée avait déréglementé le secteur financier pour échapper
aux liens très forts qui unissaient les chaebols et l'Etat. Mais elle
s'en est trouvée plus vulnérable à la crise. Aussi est-ce l'Etat, et non
le marché, qui conduit aujourd'hui sa restructuration ; en outre, l'ouverture
du marché s'accompagne paradoxalement d'un retour en force de la réglementation.
A Taiwan, les principaux défis de la mondialisation ont été successivement
l'appréciation du NT$ puis la perspective de l'adhésion (et de celle de la
Chine) à l'OMC. Dans l'un comme dans l'autre cas, le résultat de ces transformations
n'apparaît pas encore nettement mais il est clair que ce qui se met en place
n'est pas un modèle néo-libéral. Le système qui sortira des réformes en cours
se situera plus vraisemblablement dans le droit fil des structures préexistantes.
- Les
beaux restes du capitalisme dÉtat à la française
par Vivien A. Schmidt
A partir de 1983, la France a si radicalement
transformé son économie qu'on peut se demander si ce pays, naguère archétype
du capitalisme d'Etat, correspond encore en quelque façon à ce modèle. Toutefois,
la France n'est nullement devenue un système de capitalisme de marché ; elle
a bien évolué dans ce sens, mais l'Etat y conserve un rôle beaucoup plus
important que dans les systèmes de capitalisme de marché (comme la Grande-Bretagne)
ou dans les systèmes de capitalisme coordonné (comme l'Allemagne). Bien que
l'Etat ait largement renoncé à "faire" le marché, il ambitionne toujours
de le "façonner", aussi bien dans les relations d'affaires que dans les relations
industrielles. Il a même parfois cherché à le remodeler dans une optique
de capitalisme coordonné, ajoutant ainsi aux difficultés de classification.
Mais le capitalisme d'Etat français a encore de beaux restes.
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