Conférence de Jennifer Pitts, membre du Conseil scientifique de Critique internationale, donnée le 10 mars 2011 á Sciences Po, Paris, dans le cadre des "Amphi du CERI"

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N° 56 (juillet-septembre 2012)
Les émergents et les transformations de la gouvernance globale Sous la responsabilité d'Hélène Thiollet

N° 57 (octobre-décembre 2012)
Ethnicité, démocratie et politique en Amérique latine
Sous la responsabilité de Dominique Vidal et Geneviève Verdo)

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Sous la responsabilité de Kathy Rousselet, Anne Le Huérou et Myriam Désert

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Critique - Internationale
Critique internationale est une revue trimestrielle des Presses de Sciences Po, publiée avec le soutien du Centre national de la recherche scientifique et du Centre national du livre, et portée depuis sa création en octobre 1998 par le Centre d’études et de recherches internationales (CERI). Elle s’est donné pour vocation d’analyser les enjeux du monde contemporain. Faits souvent déformés, problématiques volontiers convenues: l’état du débat public sur les affaires du monde n’est pas toujours satisfaisant, alors même que chacun est aujourd'hui confronté aux défis de la mondialisation. En France, le risque d’une véritable «hexagonalisation» de la pensée est évident pour qui voyage fréquemment à l’étranger. Ce risque est d’autant plus grave que la distinction entre les problèmes intérieurs et le domaine international est depuis longtemps effacée: plus rien ne nous est "Ă©tranger".
La compréhension de notre monde en pleine mutation appelle un renouvellement permanent de nos approches, qui ne relève directement ni du travail de la presse ni des préoccupations de l’administration ou de l’entreprise, même si les unes et les autres ressentent le besoin pressant de ce renouvellement et peuvent y contribuer.
Le premier objectif de Critique internationale est donc d’œuvrer à un tel renouveau analytique. La revue donne la priorité aux articles qui restituent les réalités complexes et dérangeantes du terrain, y compris sous forme de témoignages, d’enquêtes, de documents, d’entretiens. Revue internationale de langue française, elle est ouverte sur l’extérieur, comme l’attestent les nombreuses signatures étrangères qui l'enrichissent et la composition de son Conseil scientifique.

ISSN 1290-7839

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Sommaire N°55 - Avril/Juin ( Disponible sur CAIRN )

Thema

Contester par l’action collective dans la Russie des années 2000
Sous la responsabilité de Aude Merlin et Lou Brenez
Qu’est devenue la sociĂ©tĂ© civile russe après les frĂ©missements de la perestroĂŻka ? La « verticale du pouvoir Â» et la « dictature de la loi Â» initiĂ©es par V. Poutine au dĂ©but des annĂ©es 2000 ont largement entamĂ© l’espace dĂ©volu Ă  l’opposition. Pourtant, avant les grandes manifestations de l'hiver 2011-2012, des mobilisations moins visibles car moins massives et surtout plus Ă©parses ont existĂ© tout au long de la dĂ©cennie. MalgrĂ© les stratĂ©gies des dirigeants fĂ©dĂ©raux visant Ă  les contrĂ´ler, voire Ă  les contrer, ces nouvelles formes d'action collective contestataire ont accompagnĂ© le renouvellement gĂ©nĂ©rationnel des acteurs et des pratiques.

  • Face au pouvoir russe, des mobilisations tĂ©nues mais vivaces
    par Aude Merlin et Lou Brenez

  • Associations et partis en Russie : les (en)jeux de la diffĂ©renciation
    par Françoise Daucé
    Dans le discours de Vladimir Poutine, le thème de la sĂ©paration des partis et des associations a Ă©tĂ© largement mobilisĂ© pour alimenter un jeu discursif convoquant des rĂ©fĂ©rences aux dĂ©bats politiques du dĂ©but des annĂ©es 1990. Il s’agissait alors de mettre fin Ă  la fusion du Parti communiste de l’Union SoviĂ©tique (PCUS) et des organisations sociales. Depuis les annĂ©es 2000, ce thème est remis Ă  l’honneur mais dans un espace politique Ă©troitement contrĂ´lĂ© par le pouvoir, oĂą l’administration Ĺ“uvre Ă  la sĂ©paration des partis libĂ©raux et des associations de dĂ©fense des droits de l’homme. Cet exemple met en lumière les processus de rĂ©interprĂ©tation des thĂ©ories politiques libĂ©rales dans la Russie contemporaine. En forçant la diffĂ©renciation entre partis libĂ©raux et associations de dĂ©fense des droits de l’homme, l’État favorise la rĂ©intĂ©gration des uns et des autres dans la sphère administrative qui fait dĂ©sormais office de champ « politique Â». Les demandes des associations ne sont plus relayĂ©es par les partis auprès des institutions Ă©lues comme le Parlement, mais par des comitĂ©s et des conseils nommĂ©s par le pouvoir. En d’autres termes, la diffĂ©renciation entre les partis et les associations facilite la dĂ©-diffĂ©renciation entre ces acteurs et l’État.

  • S'opposer par le droit : vulgarisation et usages politiques du droit de la copropriĂ©tĂ© en Russie postcommuniste
    par Hélène Richard
    Au dĂ©but des annĂ©es 1990, dans le cadre d'une nouvelle Ă©tape, dite dĂ©mocratique, de privatisation de l'Ă©conomie russe, une loi a autorisĂ© les occupants lĂ©gaux des appartements d'État Ă  convertir leurs droits locatifs en titres de propriĂ©tĂ©. Ă€ cette occasion, le droit de la copropriĂ©tĂ© est devenu l’objet d’investissements tant politiques que militants dont la diversitĂ© apparaĂ®t notamment dans l'analyse des brochures de vulgarisation juridique collectĂ©es dans les locaux du mouvement moscovite SolidaritĂ© Logement regroupant des sensibilitĂ©s hĂ©tĂ©roclites engagĂ©es dans la contestation du nouveau Code du logement de 2005. Si certains des membres de ce mouvement entendent retourner le stigmate libĂ©ral du Code en revivifiant une tradition politique d’« autogestion Â» Ă  l'Ă©chelle de l'immeuble, d’autres, plus proches de l'opposition parlementaire, estiment que la constitution d'une expertise juridique permet d'offrir aux usagers des conseils personnalisĂ©s tout en dĂ©lĂ©guant Ă  l'institution judiciaire la charge de convertir en avancĂ©es jurisprudentielles les revendications de reconnaissance de droits qui lui sont soumises. L'Ă©tude de ces divergences quant au bon usage du droit ouvre une rĂ©flexion sur les formes d'opposition politique plus ou moins lĂ©gitimes en Russie contemporaine.

  • Les mouvements de jeunes contestataires en Russie : s’opposer dans la rue et par la rue (2005-2010)
    par Tatyana Shukan
    Quelles sont les logiques et les formes d’action des jeunes militants de l’opposition libĂ©rale dĂ©mocrate Ă  la veille du cycle Ă©lectoral de 2011-2012 en Russie ? Les matĂ©riaux empiriques recueillis sur le terrain montrent la façon dont ces acteurs conçoivent et animent leur mobilisation entre 2005 et 2010, malgrĂ© la faiblesse de leurs effectifs militants, le peu de ressources organisationnelles ou matĂ©rielles dont ils disposent, et en dĂ©pit des contraintes posĂ©es Ă  leur action par les appareils de l’État. Afin de pouvoir investir la rue, qui constitue leur unique voie d’action politique et d’expression, ils « jonglent Â» avec plusieurs modes d’action, qui, pour certains, s’inscrivent dans la continuitĂ© des pratiques militantes routinières, pour d’autres, relèvent de l’impĂ©ratif de l’innovation. Ainsi, Ă  travers des interactions dynamiques avec l’État, ils cherchent non seulement Ă  adapter leurs formes de mobilisation aux conditions structurelles d’action, mais aussi Ă  repousser les limites de ce qui est possible et acceptable dans la rue. Si elles contribuent Ă  inscrire leur contestation dans la durĂ©e, ces stratĂ©gies ne permettent pas aux jeunes acteurs de rompre avec leur marginalitĂ© politique et leur statut d’« opposition de rue Â» pendant la pĂ©riode Ă©tudiĂ©e.

  • Faire la part entre l’art et l’activisme : les protestations spectaculaires dans la Russie contemporaine (2000-2010)
    par Anna Zaytseva
    InspirĂ©es des tactiques « orangistes Â» altermondialistes, et ressuscitant certains hĂ©ritages artistiques russes et soviĂ©tiques, les protestations spectaculaires qui se multiplient en Russie depuis les annĂ©es 2000 sont emblĂ©matiques du renfermement de l’espace politique. Au-delĂ  des amalgames souvent Ă©tablis entre l’art et l’activisme, il convient de distinguer les logiques contradictoires qui animent les groupes artistiques (cohĂ©rence et vraisemblance maximale de la performance pour une contestation de plus en plus frontale) et les collectifs militants (actions surmĂ©diatisĂ©es conjuguant le jeu parodique et l’énoncĂ© au premier degrĂ©). Si les groupes artistiques se querellent au sujet de la question des droits d’auteurs des actions contestataires, les collectifs activistes sont divisĂ©s face aux tentatives de rĂ©cupĂ©ration « politicienne Â» d’une action commune au dĂ©triment de l’anonymat de la « lutte citoyenne Â». Dans les initiatives artistico-activistes, l’épreuve de la mixitĂ© fait ressortir une conflictualitĂ© d’objectifs entre la spontanĂ©itĂ© radicale (artistes) et l’adresse aux « gens ordinaires Â» (militants). Derrière l’unanimitĂ© apparente du combat anti-autoritaire, l’ouverture mutuelle de l’art et de l’activisme dans une Russie sensibilisĂ©e Ă  la protestation pourrait bien accentuer ces diffĂ©rences de façons d’agir et de prises de position.


Varia
  • Le Parti national bolchevique russe : une entreprise politique hĂ©tĂ©rodoxe
    par Véra Nikolski
    L’apparition du Parti national bolchevique (NBP) russe, petite formation de jeunes aujourd’hui interdite pour « extrĂ©misme Â», est Ă©troitement liĂ©e Ă  la conjoncture de crise qui a accompagnĂ© l’effondrement de l’URSS et rendu brièvement possible l’émergence d’entreprises politiques hĂ©tĂ©rodoxes. Les changements profonds qui affectent sa plateforme idĂ©ologique, laquelle est passĂ©e en quelques annĂ©es du nationalisme Ă  la dĂ©fense des libertĂ©s civiles, sont Ă  mettre en relation avec la recomposition du paysage politique au moment de la prĂ©sidence de Vladimir Poutine. Alors que ce dernier reprenait Ă  son compte la rhĂ©torique patriotique, l’organisation a dĂ» changer d’argumentaire afin de pouvoir rester dans une posture d’opposition radicale. Certes, cette radicalitĂ© est un « label Â», mais c’est aussi une ressource de mobilisation. L’enquĂŞte menĂ©e au sein du NBP montre en effet qu’elle alimente un plaisir de militer bien spĂ©cifique : celui de jouer Ă  l’aventure rĂ©volutionnaire. Au-delĂ  du cas Ă©tudiĂ©, le plaisir du jeu autour de scĂ©narios extraordinaires, car s’opposant Ă  la routine, peut ĂŞtre considĂ©rĂ© comme une rĂ©tribution applicable Ă  d’autres entreprises politiques atypiques, et contribuer ainsi Ă  une meilleure comprĂ©hension de celles-ci.

  • Le secrĂ©taire Ă  la DĂ©fense et la relation civilo-militaire amĂ©ricaine : une analyse du mandat de Robert Gates
    par Jean-Loup Samaan
    MalgrĂ© les nombreuses publications consacrĂ©es aux relations civilo-militaires aux États-Unis, le rĂ´le dans ce domaine du secrĂ©taire Ă  la DĂ©fense a souvent Ă©tĂ© nĂ©gligĂ©. Les donnĂ©es institutionnelles et l'expĂ©rience historique dĂ©montrent pourtant que cet acteur, qui se trouve au cĹ“ur de ce dispositif, en est le vĂ©ritable pivot. En d'autres termes, sa mĂ©thode et son importance dans l'Ă©quipe prĂ©sidentielle font de lui le point d'Ă©quilibre entre les requĂŞtes militaires et les orientations politiques. Le mandat de Robert Gates, qui a occupĂ© ce poste de novembre 2006 Ă  juin 2011, tĂ©moigne de cette position centrale. La pĂ©riode qui suit sa prise de fonctions se caractĂ©rise en effet par une double dynamique : le renforcement du commandement militaire et la volontĂ© apparente de dĂ©politisation du rĂ´le de secrĂ©taire Ă  la DĂ©fense. Ensemble, ces deux processus dĂ©finissent l'Ă©quilibre selon Gates des relations civilo-militaires, un Ă©quilibre non pas institutionnalisĂ© mais tacite. Ce caractère informel de la mĂ©thode Gates nous conduit donc Ă  nuancer la thĂ©orie classique de Samuel Huntington du contrĂ´le civil des armĂ©es pour lui prĂ©fĂ©rer une approche sociologique plus dynamique.

  • FĂ©minisation des parlements, quotas et transformation de la reprĂ©sentation en Inde et au Pakistan
    par Virginie Dutoya
    En Inde et au Pakistan, la reprĂ©sentation politique des femmes est aujourd’hui posĂ©e comme un impĂ©ratif dĂ©mocratique. Au Pakistan, cela s’est traduit en 2002 par la (re)mise en place de quotas pour les femmes au Parlement. En Inde, les quotas n’existent qu’au niveau local, malgrĂ© un projet d’extension au niveau parlementaire. Ce changement a entraĂ®nĂ© un renouvellement des parlementaires, tandis que le principe des quotas faisait Ă©voluer les modèles de reprĂ©sentation vers une logique de « miroir Â». Le discours omniprĂ©sent sur la place des femmes en politique ainsi que les principes sexistes de division du travail politique poussent les Ă©lues Ă  promouvoir fortement la « reprĂ©sentation des femmes Â». Toutefois, ce n’est qu’au Pakistan, oĂą il existe des mĂ©canismes de quotas, que les femmes ont investi de nouveaux rĂ´les parlementaires, centrĂ©s sur le travail lĂ©gislatif et les questions nationales. Dans les deux pays, face Ă  la « menace Â» de fĂ©minisation et d’érosion du « masculinisme Â» en politique, les hommes reconnaissent la lĂ©gitimitĂ© de la reprĂ©sentation des femmes, tout en rĂ©affirmant les modèles traditionnels de reprĂ©sentation et en cherchant Ă  dĂ©crĂ©dibiliser indirectement les Ă©lues.


Lectures
  • Food Security de Bryan L. McDonald
    (Vincent Bonnecase)
  • The Politics of Prisoner Abuse: The United States and Enemy Prisoners after 9/11 de David P. Forsythe
    (Yasmine Bouagga)

  • Business and Global Governance de Morten Ougaard, Anna Leander (eds)
    (Auriane Guilbaud)

  • La biodiversitĂ© sous influence ? Les lobbies industriels face aux politiques internationales d’environnement de Amandine Orsini
    (Jean Foyer)

  • Rethinking World Politics: A Theory of Transnational Neopluralism de Philip G. Cerny
    (Jean-Marie Chenou)

  • European Union History: Themes and Debates de Wolfram Kaiser, Antonio Varsori (eds)
    (Laurent Warlouzet)

     

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