| N° 36 |
Turquie
: désir d'Europe ? |
S
O M M A I R E
N° 36 juillet-décembre
2003
Semih
VANER
Editorial (texte
intégral)
Turquie
: désir d'Europe ?
Sous la direction de Stéphane Yerasimos
Stéphane
YERASIMOS
Préface
Stéphane
YERASIMOS
La
Turquie (enfin) en transition ?
Malgré l’ancienneté des relations entre la Turquie
et la CEE la candidature de ce pays en vue de son adhésion à l’UE
ne commença à se concrétiser que depuis le sommet de Helsinki
en 1999 et surtout depuis l’arrivée au pouvoir du Parti de la
Justice et du Développement (AKP) aux élections de novembre 2002.
L’ampleur des réformes entreprises depuis pour satisfaire aux
critères de Copenhague a surpris, mais a également révélé les
réticences et les malentendus de part et d’autre. La longue histoire
des rapports entre la Turquie et l’Europe a accumulé contentieux
et représentations qui ne pourront être surmontés que dans
le long terme. Il est donc nécessaire que les deux parties se préparent à un
long processus d’adhésion, seul capable d’absorber décalages
et divergences.
Baskin ORAN
National
sovereignty concept : Turkey and its international minorities
Although
it has made enormous human and minority rights reforms during the last two
years, Turkey still has a difficult way ahead because the reformists are encountering
strong opposition, called "The Sèvres Treaty Paranoia", from those
who believe that more minority rights imposed by EU will undermine the national
sovereignty (NS) and will even disintegrate the State like they did at the
end of the First World War.On the very contrary, in the wake of the 21st Century
any State is more likely to become a target of the international society if
it doesn’t democratize,
i.e., respect the sub-identities in the nation; and vice-versa. This article
deeply explores and analyzes the legal setting and implementation concerning
minority rights in Turkey and argues that the State can no more be content
with the limited notions of the 1920s. Minority legislation and its implementation
have got to be further democratized for a stronger Turkish NS.
Nicolas MONCEAU
L'adhésion
de la Turquie à l'Union européenne et l'opinion publique
turque
Cet article examine
les principales tendances de l’opinion publique turque sur la question de l’adhésion
de la Turquie à l’Union européenne. En s'appuyant sur les
données des enquêtes
Eurobaromètres, réalisées par la Commission européenne, et sur celles d’instituts
turcs, il analyse plus particulièrement trois dimensions constitutives des
attitudes des citoyens turcs vis-à-vis du processus d’intégration européenne
: les attentes et les aspirations vis-à-vis de l’UE; la perception générale
de l'UE et les sentiments d’identification nationale et européenne et, enfin,
la connaissance des institutions européennes et la confiance ressentie à l’égard
de l’UE. Dans une perspective comparative, avec les Etats membres de l’UE et
les autres pays candidats, il propose une série d’interprétations concernant
les grandes évolutions de l’opinion publique en Turquie.
Hamit BOZARSIAN
Quelques
notes sur un " non-sujet " : la question kurde et la candidature
Les
documents officiels relatifs à la candidature de la Turquie à l’Union
européenne
n’évoquent pas la question kurde en tant que telle. Il s’agit
pourtant d’un sujet qui provoqua nombre de crises entre Ankara et l’UE
au cours des décennies
1980 et 1990, et qui peut regagner une vitalité dans un avenir proche.
Plusieurs réformes, conformes aux critères dits de Copenhague,
furent adoptées depuis
2002, autorisant ainsi des instituts privés placés sous le
contrôle public, l’apprentissage de la langue kurde, et une chaîne
de la télévision étatique
commenca à émettre un programme hebdomadaire d’une demi
heure en kurde. Ces mesures semblent cependant être très en
decà des
attentes des Kurdes, surtout après une période de violence
qui a laissé des séquelles dans un Moyen-Orient
agité ou` l’autonomie dont jouit l’Irak du Nord sert de
modèle
aussi pour les Kurdes des autres pays, notamment de la Turquie.
Le(s)
capitalisme(s) turc(s) face à l’intégration à l’Union européenne
L’intégration à l’Union
européenne modifie les rapports des milieux d’affaires avec le pouvoir politique,
d’un double point de vue : d’une part en réduisant le champ d’action de l’état
avec davantage de régulation par les marchés et d’autre part en déplacant
le pouvoir politique à un niveau supranational. Face à elle l’attitude du
capitalisme turc n’est pas uniforme. Pour certains, l’adhésion à l’UE offre
l’occasion de s’affranchir du pouvoir politique national pour renforcer leur
articulation avec le capitalisme mondial, alors que pour d’autres qui revendiquent
un régime protectionniste, elle représente un danger énergiquement dénoncé.
Enfin, pour une troisième catégorie, l’adhésion se présente sous une forme
paradoxale ; si elle permet l’accès au pouvoir d’une formation politique
représentant leurs intérêts, elle restreint en même temps le champ d’action
de ce pouvoir.
Ahmet
INSEL
Pourquoi
l'économie turque n’a pas connu l’hyper-inflation
?
La
Turquie a vécu pendant un quart de siècle avec une inflation
chronique élevée
et une croissance moyenne médiocre. Elle constitue un cas atypique
parmi les pays à revenu intermédiaire, à pouvoir maintenir
durant un si long épisode,
avec une économie de marché relativement ouverte, un taux
annuel moyen d’inflation
aux alentours de 50%, sans basculer dans une spirale hyper-inflationniste
ni pouvoir amorcer, jusqu’en 2002, un processus durable de désinflation.
Le prix fut une médiocre et instable croissance de long terme. Les
instruments qui ont permis la prolongation de cet épisode de forte
inflation permettent d’éclairer les soubassements de cette
fragile stabilité.
Les
Turcs d’Europe et leur désir d’Europe (texte
intégral)
Le
désir d’Europe des Turcs d’Europe se manifeste de trois
manières : mobilisation pour les droits dans les pays d’immigration
; mobilisation pour les droits en Turquie grâce aux transferts des normes politiques
et culturelles ; association aux initiatives émanant de la Turquie.
Ces trois modes d’action
sont en réalité intimement liés, et ont tous comme référence
l’Etat turc, comme
discours, comme source identitaire et comme stratégie politique interne
et externe. L’objectif est à plusieurs facettes : agir sur les
politiques des pays d’immigrations en matière d’intégration
de citoyenneté et de reconnaissance
de minorité, sur les principes de Droits de l’Homme en Turquie - notamment la question de minorité - et sur les politiques européennes
d’Ankara.
Gilles
BERTRAND
Chypre
: un enjeu stratégique pour la candidature turque à l’Union
européenne
La
candidature de la Turquie à l'Union européenne a buté jusqu’en
2004 sur un obstacle de taille : l'occupation d'une partie de la république
de Chypre. Ankara n'est en effet jamais parvenu à imposer sa solution
(la partition) à la " communauté internationale " .
Le dirigeant chypriote turc Rauf Denkta? a refusé de signer le plan
Annan de l'ONU, prévoyant une solution fédérale dans
le cadre de l'intégration
européenne. Les détenteurs du pouvoir à Ankara, civils
et militaires, sont longtemps demeurés très divisés
au sujet de Chypre. Mais pourquoi? S'agissait-il d'un refus de se retirer
d'une ancienne possession ottomane, la seule (avec la province d'Hatay ou
Sandjak d'Alexandrette) dont l'armée turque a repris
le contrôle depuis 1923? D'une crainte de voir le conflit reprendre, avec
le risque que la communauté chypriote turque en soit, à nouveau,
la principale victime? Ou bien ce refus était-il une victoire des
adversaires de l'adhésion à l'UE
qui voyaient là un moyen de sauvegarder souveraineté et intérêts
nationaux turcs? Le gouvernement de R.T. Erdogan a bouleversé la politique
chypriote de la Turquie de manière à ce que ce dossier ne soit
plus un obstacle à l’ouverture
des négociations d’adhésion à l’UE, et ce
malgré l’échec du plan Annan dû au " non " des
Chypriotes grecs le 24 avril 2004.
Note
sur les frontières ultimes de l' Europe et les fractures culturelles
Pour
s’opposer à une adhésion de la Turquie à l’UE,
certains milieux affirment que ce pays n’appartient ni culturellement,
ni historiquement, ni géographiquement l’Europe.
L’auteur estime que les arguments avancés ne tiennent pas compte
de la complexité historique
de l'Europe du Sud-est et de l’imbrication des différentes cultures
dans des frontières géographiques qui fluctuent au fil des événements
politiques et ne peuvent être juridiquement déterminées. évoquer
la différence
culturelle substitue un concept vague d'Europe culturelle’ à une
obsolète opposition
religieuse, basée sur la crainte du pouvoir d’attraction d’un
Islam hédoniste, selon un schéma intellectuel présentant
le Turc comme l’image
inversée de l’Européen. Les relations internationales
séculaires entre l’Empire
ottoman et l’Europe montrent au contraire une continuité politique,
juridique et culturelle, qu’une idéologie destinée à l’opinion
interne des monarchies absolutistes - la condamnation du despotisme oriental
- a contribué à nier.
Ayhan
KAYA
Unity in
Diversity: Ethnic/Cultural Diversity in Turkey and the European Union
Will
Kymlicka rightfully points out that there are two ways in which minority
claims have been assessed by the state: either as a national security
challenge, or as a quest of justice and fairness. The former is more visible
in undemocratic regimes, while the latter in democratic ones. This article
aims to display a general account of the ways in which ethnic minorities have
been assessed by the modern Turkish state. The main premise of the work is
that the Turkish state has become more democratic in assessing the claims by
ethnic minorities since the European Union Helsinki Summit, in which Turkey
was given an EU perspective. In the post-Helsinki period the state has relatively
given up the exclusionist nationalist policies, and has become more inclusive
towards ethnic and religious groups. Helsinki Summit essentially refers to
the acknowledgment of the notion of “diversity as an ideology”.
Florence
TOIX
Marche
néo-impériale
et Djhads. La fontière afghane du Pakistan
Dans
le contexte régional de la traque américaine aux résistants
talibans et aux militants d’Al Qaida et suite au revirement du général
Moucharraf sur la question talibane, le gouvernement pakistanais s’est
officiellement engagé dans
un ambitieux processus de normalisation de sa problématique, car incontrôlable,
frontière avec l’Afghanistan. Cet article revient sur l’histoire
mouvementée
des diverses stratégies (trans)frontalières déployées
de 1947 à aujourd’hui à l‘endroit
de cette frontière poreuse, en insistant sur l‘impact du legs
colonial ainsi que sur la période particulièrement déterminante
de la Guerre froide. Partant, il analyse leurs conséquences sur l’actuelle
valeur stratégique, politique
et identitaire de cette frontière, privilégiant un niveau d’analyse
local.
Luigi
De MARTINO
La
Suisse et l’Asie Centrale : un processus d’apprentissage
mutuel
La
Suisse représente le Kirghizstan, le Tadjikistan, le Turkménistan
et l’Ouzbékistan
auprès des institutions de Bretton Woods. Si au début des
années 1990, la
Suisse et les pays d’Asie Centrale ignoraient pratiquement tout les uns
des autres, avec le temps les illusions (suisse)s d'une rapide transition
vers la démocratie et l'économie de marché ont du
laisser la place a une vision plus pragmatique des processus de "transition":.
En 2004 le Parlement suisse aura à discuter la révision de la législation
concernant la coopération avec
l’Europe de l’Est, centrale et orientale et la CEI, la Suisse devra décider
si l’Asie Centrale continuera à être une priorité de sa politique étrangère.
Si
les religions constituent un des critères d'identification dans
notre monde contemporain, on peut légitimement s'interroger sur
l'influence réelle
de ces critères et notamment sur leur capacité de mobilisation.
Les pays des Balkans construisent leur identité, la formule et la
diffuse essentiellement autour d’une valorisation vis-à-vis
de " l'Occident ". Ainsi, qui n'use et n'abuse pas - dans les Balkans mais aussi ailleurs, en Turquie, au Caucase, en Asie centrale -
de rhétoriques très
imagées les associant, les reliant,
les confondant à l’Occident, à la civilisation occidentale
ou à ses
attributs. Quel pays n’est pas un pont entre l'Orient et l'Occident,
un bastion de la démocratie ou encore un facteur de stabilité dans
une région troublée
? Cette riche iconographie nous renseigne autant sur des identités
en construction que sur un rapport, lui aussi en construction, parfois
depuis des décennies,
avec cet Occident (entre l'appartenance et la sauvegarde de La Civilisation)
où le religieux ne joue qu'un rôle marginal.


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