| N° 2/3 | Varia |
S
O M M A I R E
N° 2/3 mai 1986
Numéro consacré aux différents aspects (culturel, politique, international) de la rivalité gréco-turque
Ce numéro s’efforce de faire le point sur le différend gréco-turc à travers différents aspects : l’approche par la « longue durée », en s’efforçant notamment de distinguer les éléments réels de frictions de ceux qui ne sont que de purs fantasmes ; l’approche juridique (concernant les espaces aériens, le plateau continental, etc.) et la dimension externe dûe à l’appartenance de ces deux pays à l’OTAN ainsi que celle de la Grèce à la CEE.
YERASIMOS Stéphane
Cet article met en valeur l’aspect géopolitique du différend gréco-turc qui oppose un espace égéen à un espace anatolien depuis 3000 ans. Il vient tempérer les espérances d’un règlement rapide de ces questions.
JUSTER Alain
Le patriarcat œcuménique reste un facteur particulier des relations gréco-turques. Tout en étant le symbole du point de vue politique de la grandeur des Empires byzantin et ottoman (bien que sous un rapport différent), il représente une institution religieuse internationale aspirant à jouer un rôle dépassant les termes du conflit gréco-turc dont il est victime plus qu’un des éléments constitutifs. Il pourrait être dans la situation actuelle le rappel d’une coexistence entre deux civilisations qui avaient fini par créer des liens et des intérêts réciproques au-delà des mystifications de la réécriture nationaliste de l’histoire.
KAZANCIGIL Ali
Les chercheurs et intellectuels turcs et grecs qui travaillent sur les relations entre ces deux pays sont trop souvent influencés par le climat de chauvinisme qui caractérisent ces relations. Cet article explore l'application à cette question d'une approche combinant des stratégies d'acteurs relevant de la théorie de l'action, d'une part, et des théories structurelles, de l'autre. Une telle approche permet à l'analyste de prendre une distance par rapport à un sujet hautement passionnel et d'élucider les péripéties du contentieux gréco-turc, en tenant compte du rôle des acteurs, ainsi que des facteurs nationaux, régionaux et internationaux dans ce contentieux.
KATSOUFROS Théodoros
Cet article privilégie l’approche juridique du problème. Partant de la transformation profonde du droit international maritime, il en montre les implications en mer Egée où elle fut à l’origine, en 1973, d’un premier différend gréco-turc sur la délimitation du plateau continental pour déboucher sur toute une série de difficultés : militarisation des îles, largeur et délimitation de la mer territoriale et de l’espace aérien, etc.
PAZARCI Hüseyin
A l’origine du contentieux gréco-turc en mer Égée se trouve la condition politico-géographique des îles égéennes. Ces conflits ouverts ou latents, comprennent à l’époque où l’article a été rédigé l’espace marin, l’espace aérien ainsi que la question de la démilitarisation des îles égéennes orientales. Les conflits relatifs à l’espace marin portent essentiellement sur le plateau continental et sur la divergence de vue sur l’étendue de la mer territoriale. Les conflits relatifs à l’espace aérien portent essentiellement sur l’étendue de l’espace aérien, sur l’aire du contrôle de sécurité de l’aviation civile et sur les zones de commandement dans le cadre de l’OTAN. Quant à la question de la démilitarisation des îles égéennes orientales l’article fournit les données de la question et les thèses respectives des deux parties la concernant. La conclusion de l’article est que la seule solution réellement possible serait un « package deal » sur l’ensemble des problèmes.
MAVROYIANNIS Andreas
Les rapports gréco-turcs au cours du dernier demi-siècle portent l’empreinte de la question chypriote et des différents stades de son évolution : facteur important voire déterminant expliquant en grande partie le contentieux entre les deux états bien que depuis le début des années 1970 elle ne l’épuise pas. La consolidation de Chypre comme acteur indépendant instituant un cadre triangulaire Grèce-Turquie-Chypre et les répercussions de cette nouvelle donne avant et après l’invasion turque de 1974.
STANGOS Petros
Cet article s’intéresse aux conséquences stratégiques du différend gréco-turc pour l’OTAN dans les années 1980.
GÜRSEL Nedim
L’auteur ne prétend pas ici traiter de tous les personnages grecs qui occupent une place importante dans l’œuvre de Sait Faik mais entend limiter son propos à l’analyse de quelques uns pour mieux cerner la vision du grec du grand écrivain qui constitue selon lui les fondements de son humanisme et de son éthique.
Point de vue
THEODOROPOULOS Byron, "Les rapports gréco-turcs : une vue d’ensemble"
L’ancien
ambassadeur de Grèce Byron Theodoropoulos constate que dans les rapports
gréco-turcs, l’histoire joue dans une certaine mesure une influence
négative (longs siècles d’occupation ottomane des pays habités
par des Grecs -y compris Chypre- et libération progressive de ces terres
depuis 1821). Il considère que le contentieux gréco-turc, concernant
dans sa plus grande partie le statut de la mer Egée, est de nature éminemment
juridique. Il suggère que les pas vers une véritable détente
devraient inclure a) une solution de la question de Chypre sur la base des résolutions
des Nations unies, b) référence des questions juridiques concernant
la mer Egée (surtout la délimitation du plateau continental) à
la Cour internationale de Justice, c) conclusion d’un pacte de non-agression
entre les deux Etats, sur la base duquel des mesures de confiance pourraient
être adoptées.